« Il fait froid, et pourtant je ne sens rien.
Il fait sombre, et pourtant ce n'est pas la nuit.
Je me sens seul et pourtant il y a du monde.
Je ne sais pas où je suis, mais ça ne m'inquiète pas.
Je n'ai plus d'autre question, pour le moment. »
Il y a comme un goût amer en nous,
comme un goût de poussière dans tout
et la colère qui nous suit partout
il y a des silences qui disent beaucoup
plus que tous les mots qu'on avoue
et toute ces questions
qui ne tiennent pas debout
Et ces batailles dont on se fou..
c'est comme une fatigue, un dégout
à quoi ça sert de courir partout
on garde cette blessure en nous
comme une éclaboussure de boue
qui ne change rien, qui change tout
évidemment, évidemment,
on danse encore sur les accords
qu'on aimait tant
évidemment, évidemment,
on rit encore pour des bêtises
comme des enfants
mais pas comme avant
Michel Berger
Quinze ans plus tôt.
J'avais 17 ans, enfin, presque 18.
C'était un 2 juillet, je m'en souviens comme si c'était hier.
J'étais assis au zinc du bar de ce pub, le DIAMANT NOIR. Elle était là devant moi et je la regardais
émerveillé. Elle portait une magnifique robe noire qui lui découvrait le dos, et de petits escarpins qui lui galbaient merveilleusement les mollets.
Il ne m'en fallait pas plus pour être en admiration. Si, c'est peut être un détail pour vous, mais elle jouait du piano debout.
Je suis tombé immédiatement sous son charme. Dans ces jeux de regards, j'ai perçu à l'instant que cette rencontre allait changer irrémédiablement le court de l'existence.
C'est étrange comme il est des situations qui se passent aisément de grand discours.
La communication verbale devient quasiment inutile. Tout ce qui pourrait être dit semble alors pire que le silence.
Et c'est pourquoi j'eus mieux fait de m'abstenir.
Malheureusement, je ne sais par quelle « liberté d'expression », je ne pus m'en empêcher:
- Puis-je vous offrir un verre? Enfin lorsque vous aurez terminé votre prestation...
- Commandez toujours, on verra, me répondit son sourire
- Et que boirez-vous?
- Ce sera un nectar d'abricot.
- Très bien je vous attends. Mais prenez votre temps, j'aime beaucoup cette partition.
J'étais suspendu à ses lèvres. Je n'aurais pas du lui dire de prendre son temps,
car lorsqu'elle eut terminé ce soir là, je ne la revis pas. Elle s'éloigna sans même se retourner.
Peut être avais-je mal interprété ce que j'eus cru qu'elle m'eut répondu. Peut être n'avais-je pas, tout simplement, prononcé ces paroles.
Pour m'en assurer, je m'adressai au barman:
- Excusez moi, m'auriez vous vu parler à cette jeune femme qui jouait du piano?
- Oui jeune homme, comme beaucoup de gens ici. Elle est très demandée.
- Merci.
Je pris alors un dernier verre avant de rentrer pour plonger dans mon roman.