« 25 Juillet 2008
J'ouvre les yeux difficilement. D'un regard je fais le tour de la pièce. A première vue je suis de retour. De retour d'où?
Voilà que je pense à présent puisque je n'ai aucune idée, ni de l'heure qu'il peut être, ni de quel jour on est...De quel jour on naît. Je comprends que je suis là, mais où, je ne sais toujours pas. Pourquoi, j'en ai bien une petite idée, mais il serait bien qu'on puisse me le préciser. Dans quel état, vivant où mort, je ne suis plus certain qu'il y ait une différence. La lumière qui règne ici est artificielle et ne présage rien de bon, pourtant je n'ai aucune crainte. De quoi pourrais-je avoir peur, Mon âme est en paix, je le sais, je le sens. Rien n'est terminé, tout ne fait que commencer; j'en ai l'appréhension.
Je vois des personnes s'affairer, mais aucun indice ne me permet de déterminer pour l'instant que tout s'est bien déroulé.
Petit à petit, je me souviens des dernières images que ma mémoire a enregistrées. Je réintègre tout doucement ce corps que j'avais quitté. Cette fois ci, se sont mes paupières qui s'ouvrent réellement. C'est un peu flou, mais cela prouve bien que je suis enfin revenu. Ma raison, c'est clair à présent, prend le pas sur l'irrationalité. Je sais, à cet instant, que plus rien ne sera jamais comme avant. On s'adresse à moi je crois, mais ai- je la capacité de parler?
Bonjour...
Un ange était entré. J'étais sur un lit et je ne pouvais pas bouger. Je n'en avais pas envie de toute façon. Je n'avais envie de rien, sauf peut être d'une explication. Mais personne ne semblait être habilité à satisfaire ma curiosité. Ce n'était pas grave, je savais être patient. Je savais qu'avec le temps, les choses auraient un sens. Tout a toujours un sens et un but. Même ce qu'on n'imagine pas : une table au milieu de nulle part, la vie et la mort qu'elle mérite. Toutes ces choses ont un sens.
On s'occupait de moi. Là, seul dans une chambre ouverte sur un couloir où passaient des blouses blanches et vertes. Ils ne venaient pas tous me voir, mais ils jetaient un coup d'œil lorsqu'ils passaient devant ma chambre, comme pour me dire qu'ils savaient que j'étais là, et pourquoi. Mais ils ne venaient pas me le dire. C'est normal, on ne dit pas ces choses là. On les pense très fort, on les téléguide du regard et elles arrivent à destination, directement dans la pensé du patient. C'est trop d'émotion. Et puis, on sait bien qu'un patient, de l'émotion, il n'en manque pas. Il saura comprendre. Il a la capacité de ressentir. On le sait, même si on y croit pas toujours.
J'en avais passé du temps enfermé dans ce corps, enfermé dans ma tête. Vingt trois longues années, et puis une libération. Je lui en ai voulu moi aussi d'avoir été si fragile, si imparfait. Ce jour encore était un de ceux où il m'avait fait faux bon. Mais je m'y étais habitué. Je lui avais pardonné, car j'avais compris qu'il en serait ainsi, de cause en conséquence, jusqu'à ce que la mort nous sépare. Alors autant l'accepter. Une journée toute simple comme j'en avais pas vécu depuis jamais. Rien n'allait bien, mais cela m'était égal. Je m'étais trop longtemps inquiété, à quoi bon. Les équipes du personnel soignant s'étaient succédées du matin au soir, cependant je n'avais pas perçu la différence entre le jour et la nuit. »
- C'était qui?
- La radio. Il y a un évènement ce soir et il leur faut un animateur.
- Et toi bien sûr tu as dit oui!
- Ils n'ont personne...
- Mais si, ils t'ont toi, c'est moi qui n'ai personne.
- Tu n'as qu'a venir...?
- Oui, super. Je te suis partout comme un petit chien.
- Comme une petite chienne alors.
- Très drôle.
- Tu n'as aucun humour.
- Si, mais je n'ai pas le cœur à plaisanter. Pour une fois qu'on avait une soirée à passer ensemble, tu ne peux pas t'empêcher de tout gâcher.
- Tu ne veux tout de même pas me dissuader de faire ce qui me plait?
- Non,surtout pas. Mais de temps en temps, tu devrais peut-être te soucier de ce qui me plaît.
- Oui, tu es malheureuse...
- Et toi, tu n'es heureux que lorsque tu fais ta star.
- Parce que toi, tu ne fais pas ta star quand tu fais ton show au DIAMANT NOIR.
- Moi c'est mon job, c'est pas pareil. Toi, ça ne te rapporte rien de travailler pour ces vautours.
- Oui, je n'ai pas cette chance. C'est bien dommage. Mais peut-être que ce sera payant un jour?
- Ton problème, c'est que tu crois trop au père Noël.
- Ton problème, c'est que tu n'as pas besoin d'y croire.
- Bon, j'aimerais bien pouvoir continuer de lire. Vas voir tes potes de galère.
- Et si on faisait un enfant, là tout de suite.
- Ne me prends pas par les sentiments, tu sais bien que j'ai horreur de ça..
- Très bien, fais ta tête de mule.
- Et prends tes clés, je ne serai peut-être pas là quand tu rentreras.
Anisse était fille unique de bonne famille. Elle avait donc une incontournable facilité pour accéder aux choses de la vie courante. Nous étions totalement à l'opposé. Rien n'aurait dû nous réunir. Cependant, le lien qui nous unissait demeurait très sensible puisque nous étions rarement sur la même longueur d'onde.
J'avais beau éprouver de profonds sentiments, parfois, Anisse pouvait être insupportable.
Lorsque les choses ne se déroulaient pas comme elle souhaitait, il n'y avait plus moyen de communiquer convenablement. Elle avait les défauts d'une petite fille gâtée; capricieuse et intolérante.
Il ne me restait plus qu'à trouver comment me faire pardonner cette fois encore.