Puis de mon étreinte elle se détacha, sécha ses dernières larmes et maugréa.
- Je vais préparer mes affaires.
- Ça va mieux?
- Oui.
- Ce n'est qu'une histoire. Pourquoi cela te met-il dans un état pareil?
- C'est une histoire triste. Tu ne peux pas comprendre, tu es insensible.
Alors qu'elle s'éloignait en direction de la salle de bain, je pensais tout bas.
- Tu as raison, je ne peux pas comprendre.
Je la rejoignis, appuyé contre l'huisserie, j'essayai de recréer une ambiance agréable.
- Tu vas vraiment me manquer.
- Je ne me fais pas de soucis, tu trouveras une pétasse pour me remplacer.
- Tu sais bien que personne ne peut te remplacer.
- On en reparlera...
- Mais qu'est-ce qui te prend tout à coup, ce n'est pourtant pas ma fête?
- Je ne sais pas, je suis stressée, laisse moi tranquille!
- Tu as envie de gâcher la dernière soirée que nous avons a passer ensemble.
- Certainement pas, c'est toi qui gâche tout.
- Parfait! Tu viens de torpiller mon porte-avion. Quand tu seras calmée, tu m'expliqueras ce que j'ai encore fait, ou pas fait.
Désabusé, sans autre explication, je m'en retournai. L'angle d'approche trop ouvert, l'atterrissage s'annonçait difficile.
Anisse n'avait pas pour habitude de se mettre en colère. Ce ne fut pas le ton qu'elle employa qui m'interloqua, mais les circonstances pour lesquelles la situation venait de se dérouler me déconcertèrent fortement. Nous pouvions nous envoyer une multitude de choses à travers la figure sur le ton de la plaisanterie. Mais cette fois Anisse ne plaisantait pas et je ne m'expliquai pas ce qui avait bien pu la propulser aussi soudainement dans cette humeur fâcheuse. Passer de la tristesse aux larmes, de la consolation à la crispation en si peu de temps tenait du record. Je ne l'avais jamais vu comme cela auparavant. Je m'efforçai d'y prêter une moindre attention, mais ce que je venais de vivre m'infligea une profonde réflexion.
On vit ensemble, on partage des morceaux d'existence, on côtoie les même lieux, on traverse le même espace temps. Il subsiste des zones d'ombres et des jardins secrets.
Se connaît-on vraiment? Combien de temps faut-il pour percer une carapace ou s'abandonner? Quelle distance faut-il parcourir pour s'atteindre ou succomber?
On croit être proche et puis on s'éloigne. On veut fusionner et l'on fissionner.
La route, qui permet d'unir ou réunir deux êtres qui s'aiment, est parfois longue et les obstacles obtus.
Quels chemins la notre allait prendre...