A peine une semaine qu'Anisse était partie que déjà tout était gris. Ce n'est pas qu'on bénéficie énormément d'ensoleillement en région normande, mais c'était tout de même un peu l'été. Il arrive aussi, qu'à cette époque de l'année il montre un peu le bout de son nez.
Malheureusement pour moi, même avec du soleil à midi, tout restait gris.
Et ce n'était pas le téléphone en sonnant qui m'apporterait des nouvelles plus reluisantes.
- Oui allô...
- Monsieur Maurice ?
- Oui je vous écoute.
- Bonjour. Docteur Lemaitre. Voilà j'ai eu les résultats du prélèvement que je vous ai fais lundi. Bon, ils ne me permettent pas d'établir un diagnostic probant, alors à ce stade, le mieux est que je vous préconise une biopsie. C'est une petite intervention chirurgicale qui peut être pratiquée sous anesthésie locale. Rien de bien méchant. On vous fais une incision, on coupe un petit morceau de chair et on referme. Cela nous permettra d'être fixé définitivement sur le nature du problème.
- Et quand vous dites « problème » docteur, qu'entendez vous par là ?
- Alors, ce peut être une infection ou un dérèglement qui provoque ce renflement ganglionnaire. La ponction que je vous ai fait ne permet que d'analyser le liquide récupéré. Or pour être totalement sûr, il nous faut faire des analyses sur un échantillon tissulaire.
- Bon. Et à qui dois-je m'adresser pour faire cette biopsie?
- Vous n'avez rien à faire. Je vous ai programmé l'intervention en ambulatoire la semaine prochaine, le Mardi 5 dans le service du docteur Lemieux. Vous n'aurez qu'à passer aux admissions pour vous faire remettre une fiche d'entrée et on vous indiquera où vous diriger.
- Et bien je vous remercie docteur Lemaitre.
- Je vous tiendrai informé lorsqu'on m'aura transmis les résultats. Je vous souhaite une bonne fin de journée monsieur Maurice, au revoir.
- Merci au revoir.
Être en bonne santé est un état métabolique normal du corps. Lorsqu'il fonctionne correctement, et dans un environnement propice à son développement, les cycles de vie cellulaire se succèdent pour permettre à l'existence de suivre son cours le long de sa ligne de dimension temporelle.
Pendant ces cycles de vie il n'y aucune raison particulière de se faire du souci ou de se poser quelconque question sur son état de santé. Pourtant il arrive parfois que le corps tente d'envoyer des signaux peut être trop subtils pour parvenir à alarmer la conscience. Et si cette dernière ne les détecte pas, il arrive un moment où la matérialisation symptomatique apparaît si distinctement qu'il devient inconcevable de ne pas voir la révélation d'une manifestation particulièrement pathologique. C'est ensuite la raison qui doit l'emporter sur la conscience pour pouvoir réagir, avant qu'il ne soit trop tard.
La plupart des dysfonctionnements n'interviennent pas soudainement. Les troubles sont bien souvent en latence et évoluent lentement au départ à l'intérieur même des cellules. C'est pour cela qu'il est ardu de soupçonner le moindre désordre à l'échelle nanométrique sans en faire une analyse diagnostique précise. Et c'est lorsque les événements de cause à effet s'enchaînent rapidement que les répercutions deviennent perceptible. Il semble alors plus aisé de déterminer d'où peuvent provenir ces manifestations en remontant l'arbre des causes.
Je n'en étais pas encore là. Peut-être était-ce de l'insouciance ou tout simplement une manière de fuir l'impensable. Qu'imaginer d'ailleurs lorsqu'on ne sait pas ce que l'on risque? Tout simplement n'avais pas encore assez d'indice pour déceler quoique ce soit que je pusse redouter.