Comme convenu, le soir venu, je préparai le dîner.
J'avais terminé le dessert qui se rafraîchissait au réfrigérateur, et j'entamai la confection de l'entrée pour enchaîner sur
le plat de résistance.
- Non! N'ouvre pas.
- Je veux juste un peu d'eau fraîche.
- Oui mais tu vas gâcher l'effet de surprise.
- C'est quoi? Dis moi...
- Non, il te faudra encore un peu de patience.
- Tu sais bien que la patience et moi, ça fait deux.
- Et deux plus deux font quatre, mais file de là! Disparais! Du vent!
- C'est bon! Pas la peine de le prendre sur ce ton.
- Je ne plaisante pas, sois gentille.
- Voilà, je m'en vais. Je ne suis plus là.
- Qui me parle?
- Ce n'est pas moi.
- J'entends des voix alors. Et je vois des gens qui sont morts.
- Ne parle pas de malheur.
- Alors déguerpis!
- Mon dieu, j'ai peur. Ne me faites pas de mal.
D'un geste théâtrale, je menaçai Anisse du couteau avec lequel j'avais coupé les aubergines alors qu'elle me tournait
déjà le dos et s'éloignait.
Ensuite, émincer la moitié d'un oignon et couper les prunes en morceaux.
Faire cuire ensemble la chair d'aubergine, l'oignon et la prune pendant 10 minutes au cuit vapeur.
Dans un saladier, verser la semoule et l'équivalent d'eau, ajouter l'œuf, la crème fraîche, le poivre, le gruyère râpé, et
les légumes cuits.
Puis, farcir l'aubergine avec la préparation et replacer la tête.
Pour finir, mettre au four pendant environ 15 minutes à 180°C. Servir aussitôt.
Voilà qui fut fait, ce qui me laissa tout juste le temps de dresser le tartare de poisson baignant encore dans sa marinade
d'huile de noix citronnée, à laquelle j'avais ajouté une cuillère à soupe de bourbon saupoudrée d'aneth.
Une couche d'un mélange avocat crevette soigneusement coupé en dé au fond d'un emporte pièce.
Une couche de tartare de saumon auquel j'incorporai dans un coin la chair de thon. Effectué en deux exemplaire et le tour fut
joué.
- C'est bientôt prêt? J'ai faim!
- Oui, ça vient! Le temps de déboucher une bouteille, tu permets?
- Faites donc!
Les entrées dressées, j'éteignis le four pour terminer la cuisson des aubergines pendant la dégustation d'une succulente mise
en bouche accompagnée de chantilly à laquelle j'avais administré une noisette de wasabi.
En apportant les assiettes, je fus époustouflé par le spectacle de la douceur d'une table ornée de bougies, de cristal et de
métaux précieux. Ambiance musicale et feutrée. Mais ce n'était rien à côté de qui se tenait face à moi.
- Tu es, magnifique...
- C'est vrai?
- Oui mais, c'est pas du jeu. J'ai pas eu le temps de me changer, alors je me sens ridicule tout à coup.
- C'est pas grave, on dira que je suis la belle et toi la bête.
- Je me disais bien que tu préparais un mauvais coup.
- J'avance mes pions. D'autres ne s'en plaindraient pas.
- Je retire ma plainte, si tu fais preuve de clémence.
- Je promets que tu seras bien noté, en dépit de ta médiocre présentation.
Nous avons dîné sans mot dire. Juste les regards pour exprimer, quelques sourires.
Comme une hôtesse à l'arrivée, la fumée des bougies en s'éteignant, nous signalait la fin d'un repas bien
avancé.
- C'est un atterrissage en douceur, ta chasse au fraise. En fait c'est un tiramisu?
- Je l'ai un peu amélioré.
- Tu as remplacé les boudoirs par des speculoos?
- J'ai même mélangé deux recettes. Pour tout dire, il y a une mousse de fraise et un tiramisu. J'aurais pu l'appeler tir à vu
sous mousse de fraise dans son jus, mais je trouve ça un peu gore.
- Tiré par les cheveux surtout. Sinon, il y a avait chasse au trésor? Quand tu tombes sur un morceau...
- On dirait une pépite.
- Ou pêche à la cuillère, pour toucher le fond de la piscine avec ton pull bleu marine?
- J'avais peur que tu cherches les pêches. Sinon, il y a du thym, de la bruyère aussi, et des bois de pin...
- Rien de bien malin. Imbécile.
- Moi non plus.
- C'était délicieux.
Anisse me fixait et son regard profond en disait long sur l'endroit où elle voulait en venir. Elle s'approcha lentement, et
assise à califourchon sur mes genoux, m'embrassa langoureusement.